Tanzanie : Des agriculteurs biologiques peinent à satisfaire la demande du marché international

Lydia Jacob cultive ses légumes de manière biologique à Mwanamseka, un village de la région côtière, à environ 100 kilomètres, à l’ouest de Dar es Salaam. Ici, le climat est humide ici et le sol est glaiseux et riche en matière organique.
 
Mme Jacob a quatre enfants et préside l’association Upendo. Cette association regroupe 16 membres. Lorsque ces derniers se sont réunis pour la première fois, ils ont discuté d’entrepreneuriat et d’aptitudes commerciales. Toutefois, en 2014, ils ont commencé à se concentrer sur l’agriculture, et ont acheté 22 acres de terre dans les villages de Mwanamseka et Mafizi.
 
Depuis lors, dix membres du groupe mènent activement des activités agricoles en cultivant des fruits et des légumes de juin à mars, y compris du gombo, de la tomate, la pastèque, du chou chinois, de l’épinard, l’oignon et des feuilles de patate douce. Ils utilisent des pratiques biologiques.
 
L’agriculture biologique interdit l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques. Au contraire, il privilégie des techniques qui protègent l’environnement, le sol et la santé des consommateurs, y compris la culture intercalaire et l’utilisation du fumier organique. Les membres de l’association Upendo disposent d’un bon marché pour leurs légumes biologiques à l’échelle locale et internationale, et ce, même si les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales ont du mal à satisfaire la forte demande.
 
L’association vend ses produits agricoles sur les marchés d’Ilala et de Kariakoo, à Dar es Salaam, ainsi qu’à des particuliers et des sociétés en ville. Mme Jacob ajoute : « À l’échelle internationale, nous avons eu deux commandes d’Australie et des Pays-Bas. Récemment, nous a avons reçu une commande du Royaume-Uni. »
 
Cependant, elle déclare : « Nous n’avons pas pu honorer ces commandes … parce que nous n’avons pas les moyens de produire [les] deux à cinq tonnes exigées par nos clients étrangers…. La quantité …. que nous produisons est très en deçà. »
 
Il aurait fallu que les agriculteurs et les agricultrices envoient chaque commande dans des conteneurs de 40 pieds. En outre, ils auraient dû utiliser des matériaux d’emballage coûteux en vue de respecter les normes européennes, ce qui leur aurait coûté environ 7 000 $US. Mme Jacob raconte : « Ce sont là quelques contraintes qui nous ont empêchés de faire affaire avec ces clients à portée de main. »
 
Anatory Gabriel est responsable de l’information et des communications du Tanzania Organic Agriculture Movement (TOAM). Le TOAM est une ONG qui fait la promotion de l’agriculture biologique en travaillant avec les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales, ainsi que d’autres acteurs de la chaîne de production biologique.
 
Il est d’avis qu’il existe très bon marché pour les aliments biologiques au niveau local et à l’étranger. Il ajoute : « Le problème c’est que ces petits exploitant(e)s agricoles n’ont pas la capacité de satisfaire les besoins des marchés locaux ou internationaux. »
 
Mme Jacob soutient que l’avantage dont dispose son association c’est d’avoir accès à une terre fertile, parfaite pour la culture de denrées, sans qu’il n’y ait besoin de recourir à des pesticides ou des engrais synthétiques. Mais ils ont besoin qu’un investisseur leur apporte une aide financière et technique. Elle ajoute que l’agriculture sous contrat pourrait leur permettre d’augmenter leur production pour satisfaire la demande internationale.
 
L’association Upendo s’est tournée vers l’agriculture biologique après avoir eu de mauvaises expériences avec les produits chimiques lorsque ses membres fabriquaient du batik, une sorte de tissu teint. Mme Jacob affirme qu’ils étaient devenus très méfiants par rapport aux produits chimiques forts après avoir entendu parler d’études démontrant que les produits chimiques caustiques pouvaient nuire gravement à la santé.
 
Elle ajoute : « Avant de nous lancer dans l’agriculture biologique, nous avons suivi différentes formations sur les avantages de l’agriculture biologique versus les répercussions de l’agriculture employant des produits chimiques. »
 
TOAM encourage les agriculteurs et les agricultrices à adopter les pratiques biologiques. Mr. Gabriel déclare : « L’agriculture biologique associe la tradition, l’innovation et la science pour que cela soit bénéfique pour l’environnement partagé et promouvoir des relations équitables et une bonne qualité de vie pour toutes les parties concernées. »
 
TOAM apprend aux cultivateurs et aux cultivatrices incapables d’acheter des pesticides biologiques les techniques pour en fabriquer chez eux à partir d’ingrédients disponibles dans leur environnement immédiat. TOAM encourage les producteurs et les productrices à pratiquer la culture intercalaire, récupérer les résidus de cultures et ne pas couper les arbres. Plutôt que d’employer des engrais synthétiques, ils leur conseillent d’utiliser des engrais biologiques si leur sol est infertile.
 
Mr. Gabriel affirme que TOAM forme également les agriculteurs et les agricultrices sur l’utilisation de pratiques permettant à leurs exploitations de résister à la sécheresse, par exemple : en leur conseillant de cultiver des denrées capables de survivre à la sécheresse et résister aux organismes nuisibles. Il déclare : « Nous les aidons à maîtriser leur environnement. Nous leur proposons un plan B sur la façon dont ils peuvent s’en sortir lorsqu’ils sont confrontés aux problèmes liés au changement climatique. »
 
Considérant la forte demande pour les produits biologiques sur le marché, les membres de l’association Upendo gagnent du bon revenu. Nassoro Ulembo est père de cinq enfants. L’homme de 41 ans déclare : « L’agriculture biologique m’a permis de construire une maison, et de prendre soin de ma famille en payant les frais de scolarité de mes enfants. »
 
Hamis Makunganya est un autre membre de l’association. Âgé de 43 ans, ce père de cinq enfants vit dans le village de Mafizi. Il déclare : « Grâce à l’agriculture biologique, j’ai pu construire deux maisons. En outre, je dépense une partie de l’argent pour la scolarisation de mes enfants. »
 
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