Bénin : Après s’être tournés vers le bio, le revenu des agriculteurs augmente

Réné Ahouanse est un agriculteur de 48 ans qui vit à Togoudo, à environ 50 kilomètres au sud de Cotonou, la plus grande ville du Bénin. Il possède un champ de dix hectares où il cultive essentiellement de l’ananas, du maïs, et de la papaye. Il a utilisé pendant des années des engrais chimiques, tout comme plusieurs autres agriculteurs et agricultrices béninois.
Mais en 1999, il s’est tourné vers l’agriculture écologique et s’est mis à produire lui-même son compost. Il voulait redonner vie à sa terre et augmenter sa production.
Monsieur Ahouanse revient sur ce tournant décisif : « Mes parents m’ont laissé plusieurs hectares de terres. J’ai constaté au fil des ans que le sol se dégradait. La terre ne renfermait plus de minéraux et de matières organiques. Le rendement était très maigre. J’ai donc cessé d’utiliser les engrais chimiques et me suis tourné vers l’agriculture biologique. C’est une manière de prendre soin de la terre, et contribuer aussi à la santé de la population. »
Monsieur Ahouanse voulait mettre à profit la hausse de la demande mondiale pour les produits biologiques. Durant des mois, il se prépara pour sa transition vers l’agriculture biologique en appliquant du fumier de vache dans ses champs, avant de commencer à produire son propre fumier de compost.
Autrefois, il brûlait les mauvaises herbes, mais, maintenant, il s’en sert dans le mélange de son compost.
Au milieu de son champ, deux grands hangars abritent l’unité de production de son compost. Les petits espaces clos ceinturés de briques servent de récipients pour le fumier de vache et de volaille mélangées à de la paille. Presque tous les jours, l’agriculteur et ses employé(e)s remuent et arrosent ce mélange.
Après trois mois, les deux unités produisent en moyenne soixante tonnes d’engrais organique à elles deux, ce qui suffit pour les cultures de monsieur Ahouanse. Produire son propre engrais lui permet toujours d’en avoir en quantité suffisante, et il n’a plus besoin de s’inquiéter des pénuries qui pourraient nuire à ses cultures. Cela a amélioré sa productivité.
Monsieur Ahouanse décrit la différence en termes de rendement : « Grâce au système de compostage, j’arrive à récolter trois voire quatre tonnes de maïs par hectare, contre huit cents kilogrammes ou une tonne maximum quand j’utilisais les engrais chimiques. Si aujourd’hui on me demande de faire un choix entre les deux pratiques, je choisirai l’agriculture biologique parce que la différence est nette. »
La production d’ananas et de papayes a aussi augmenté et les fruits se vendent bien. En moyenne par mois, monsieur Ahouanse reçoit des commandes d’ananas pour environ 20 millions de francs CFA ($36,000 US) de l’étranger. La vente des papayes lui rapporte en moyenne 30 000 francs CFA ($54 US) chaque semaine, ce qui représente le double de ce qu’il gagnait lorsqu’il utilisait les engrais chimiques.
Monsieur Ahouanse souhaite partager son expérience et sa passion pour l’agriculture biologique avec les agriculteurs et les agricultrices plus jeunes. Mohamed Gbadamassi a 22 ans. Il possède une terre agricole d’environ 1 000 mètres carrés à Sèmè-Kpodji, à dix kilomètres de Cotonou. Spécialisé dans le maraîchage, monsieur Gbadamassi affirme être le seul parmi plus de 400 paysans et paysannes de sa région à n’utiliser aucun engrais chimique. Certain(e)s de ses collègues désapprouvent son choix.
Monsieur Gbadamassi affirme subir parfois la pression des détaillant(e)s aussi : « Le véritable problème, ce sont les revendeuses qui viennent sur ma parcelle pour acheter mes produits. Elles sont si pressées [qu’elles] me demandent de mettre de l’engrais chimique afin d’accélérer la croissance des plantes. Mais moi je ne cède pas à leur pression. Le plus important pour moi, c’est d’être fier dans ce que je fais. »
Carlin Mauro est consultant en agriculture biodynamique. Selon lui, les petits producteurs et productrices béninois qui veulent tenter l’expérience de l’agriculture bio se heurtent encore à plusieurs problèmes, liés surtout à la formation et l’encadrement. Il pense également que des contrôles de qualité doivent être effectués au niveau de l’agriculture biologique.
Monsieur Mauro déclare : « Même si l’Etat ne s’engage pas sur cette ligne, on peut avoir des systèmes de contrôle de qualité privés. Mais cela n’existe pas. L’agriculteur doit s’engager à signer un cahier de charge et le contrôle doit se faire sur le respect du cahier de charge. Cela peut être éventuellement renforcé par une loi. »
Un système d’assurance qualité peut aussi convaincre les consommateurs et les consommatrices béninois à débourser plus pour acheter des produits exempts d’engrais chimique.
Wire.farmradio

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