Elon Musk, le bon génie de PayPal

 Né en Afrique du Sud, le serial entrepreneur était déjà une légende de la Silicon Valley à vingt-cinq ans.

Voici, messieurs, la voiture la plus rapide du monde. » En ce jour de mars 1999, un jeune homme présente fièrement l'automobile qu'il vient tout juste d'acquérir : une McLaren F1 à 1 million de dollars. Ce n'est d'ailleurs pas sa seule « folie » : quelques jours plus tôt, il s'est offert un petit avion à hélice et un appartement de 170 mètres carrés à Palo Alto. Pour fêter l'arrivée de son « bolide », l'heureux millionnaire n'a pas hésité à convier chez lui une équipe de CNN, qui le suit pas à pas toute la journée. « Je pourrais acheter une île aux Bahamas et m'y créer un fief personnel, mais j'ai bien plus envie de bâtir et de créer une nouvelle entreprise », lance-t-il aux journalistes, levant un coin de voile sur sa nouvelle aventure...

Si CNN a délégué une équipe de tournage jusqu'à Palo Alto, c'est que le « sujet » en vaut la peine. A vingt-sept ans, Elon Musk est, déjà, une légende dans la Silicon Valley. Tout chez lui suscite la curiosité : sa naissance à Pretoria, en Afrique du Sud, un jour de 1971 ; sa curiosité qui, dès son plus jeune âge, le pousse à lire dix heures par jour tous les livres qui lui tombent sous la main ; son génie tout aussi précoce dont témoigne ce code pour jeux vidéo qu'il a créé à douze ans et vendu à un magazine spécialisé pour 500 dollars ; la décision qu'il a prise à dix-sept ans, contre l'avis de ses parents, de quitter l'Afrique du Sud pour poursuivre ses études au Canada...

Mais c'est surtout la réussite de sa première start-up qui l'a fait connaître. Elon Musk l'a créée avec son frère en 1995. A l'époque, cela fait trois ans que, son diplôme en sciences de l'Université de Kingston en poche, il a quitté le Canada pour les Etats-Unis. Après avoir obtenu un deuxième diplôme, en sciences économiques, de l'Université de Wharton, il part en Californie pour entamer un troisième cursus à l'Université Stanford, en physique cette fois ! Mais il quitte le campus au bout de quelques semaines pour concrétiser l'idée qu'il a eue avec son frère : créer un annuaire en ligne recensant les restaurants, boutiques, coiffeurs et autres commerces de proximité et associant leurs adresses à des cartes géographiques.

« Tout le monde a droit de savoir où se trouve la pizzeria la plus proche et comment s'y rendre », explique alors Elon Musk à qui veut l'entendre. Dans l'histoire du Web, c'est une première... Ainsi naît, en 1995, la société Zip2, la première d'une longue série. Installée à Palo Alto dans des locaux plus que modestes, elle se développe à partir de 1996, quand une société de capital-risque injecte plusieurs millions de dollars, imposant au passage un changement de stratégie. Voilà Zip2 métamorphosé en créateur de progiciels destinés à être vendus aux journaux pour leur permettre de réaliser leurs propres répertoires d'adresses et d'annonces.

Ce nouveau modèle ne fait pas l'affaire d'Elon, persuadé que le site qu'il a créé doit s'adresser au grand public. Le jeune entrepreneur s'oppose également à la fusion avec la société concurrente Citysearch voulue par les investisseurs. Les discussions en sont là lorsque, en février 1999, Compaq offre subitement 300 millions de dollars en cash pour racheter Zip2. Une aubaine qui permet à Musk d'encaisser 22 millions de dollars et qui le propulse en tête des « business news » de la côte Ouest. Quelques semaines plus tard, c'est la McLaren, l'avion privé, le duplex à Palo Alto et CNN... Mais Elon Musk présente aussi à l'équipe de télé sa nouvelle start-up, créée quelques semaines plus tôt et dans laquelle il a investi d'un coup 12 millions de dollars. Son nom : X.Com. Son métier : la banque en ligne. « Je ne réponds pas au portrait-robot du banquier... Mais je crois absolument que ma société pourra être un filon à plusieurs milliards de dollars », annonce-t-il.

La banque en ligne, une idée osée

L'idée est révolutionnaire : permettre aux particuliers de gérer leur compte bancaire et d'effectuer des paiements sur Internet. Au début des années 1990, plusieurs banques européennes s'étaient lancées dans la « banque directe », offrant des services de base par téléphone, Minitel ou fax. Mais de là à créer une banque totalement virtuelle... « Le Web n'est pas assez sûr », « les gens n'ont aucune envie de confier au réseau leurs comptes bancaires et leurs codes d'accès », « en matière d'argent, la relation personnelle est essentielle... », estiment les spécialistes du secteur.

Elon Musk, lui, est persuadé du contraire. Depuis qu'il a effectué un stage au sein de la banque canadienne Nova Scotia, en 1990, le jeune entrepreneur ne se prive pas de stigmatiser le conservatisme et l'absence d'imagination des banquiers. « Ils ne savent que copier ce que font les autres. Si tous les autres se jettent dans un précipice, ils sautent avec eux ; s'il y a un énorme tas d'or au milieu de la pièce et que personne n'y touche, ils n'y touchent pas non plus », aime-t-il dire. A ses yeux, la finance va inévitablement muter vers les systèmes en ligne. C'est sur cette conviction que repose X.Com.

Une fois de plus, Elon Musk a vu grand. D'emblée, la société entend proposer des services complets en ligne, y compris la possibilité d'effectuer des paiements. Après des débuts chaotiques -  l'entrepreneur ne connaît pas grand-chose au secteur et subit la défection de son équipe -, il recrute de nouveaux ingénieurs, s'associe à Barclays et obtient enfin les autorisations administratives. A l'automne 1999, X.Com voit vraiment le jour. Les services qu'il propose sont, pour certains, totalement nouveaux, à l'image de ce système de paiement de personne à personne qui permet d'envoyer de l'argent en indiquant uniquement l'adresse électronique du destinataire. Une vraie rupture avec les banques traditionnelles dont les ordinateurs mettent plusieurs jours à traiter des règlements. Avec X.Com, verser et retirer de l'argent s'effectue désormais en deux clics. Elon Musk a également innové sur le plan marketing, offrant aux nouveaux clients une carte de paiement de 20 dollars et une autre carte de 10 dollars pour tout prospect. Fin 1999, sa banque en ligne compte déjà 200.000 clients.

C'est alors que le jeune entrepreneur entend parler d'une start-up installée sur la même avenue que X.Com à Palo Alto et qui, elle aussi, travaille sur un système de paiement électronique. Son nom : Confinity, fondée en 1998 par trois étudiants férus de nouvelles technologies : Max Levchin, Peter Thiel et Luke Nosek. Installés dans un bureau à peine plus grand qu'un placard à balais, ils ont mis au point un logiciel de cryptographie permettant aux propriétaires d'un PalmPilot d'échanger des informations en toute sécurité via le port infrarouge de leur appareil.

D'abord cordiales, les relations entre les deux firmes se détériorent lorsque Levchin, Thiel et Nosek lancent un nouveau service de paiement baptisé PayPal. Pendant un an, elles dépensent des centaines de milliers de dollars pour attirer le plus d'utilisateurs possible. Epuisante, la bataille se termine en mars 2000 lorsque les dirigeants de Confinity acceptent de fusionner avec X.Com. C'est l'entreprise d'Elon Musk qui a clairement la main : outre que ses services sont plus diversifiés et que sa technologie de paiement de personne à personne est très en avance, sa situation financière est bien meilleure que celle de Confinity.


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